Le style du roman le livre dont vous êtes la victime était une préoccupation centrale. En fait, c’était même le point de départ du roman puisque c’est à l’origine une idée de style qui m’a donné envie d’écrire le roman.

Pour rappel, le livre dont vous êtes la victime dont je vais vous parler ici, est un livre auto-édité, polar qui a la particularité d’être écrit entièrement à la deuxième personne du pluriel.

J’ai eu envie de me pencher un peu plus sur le style du livre dont vous êtes la victime, et comment je l’ai imaginé et travaillé.

Le style du roman à l’origine de l’histoire

J’ai évidemment passé du temps à imaginer l’histoire du roman. Mais à l’origine, c’était bien cette idée de tout écrire au “vous” qui a été ma motivation première. Donc c’est une idée de style du livre qui était là d’abord.

L’idée de départ pour le style du livre : le “vous”

J’avais envie d’un défi, de voir s’il serait possible de faire un roman entier au “vous”, sachant que ce serait peut-être plus lourd, (la forme conjuguée étant naturellement plus longue). L’idée était aussi d’utiliser le potentiel du “vous” pour créer une expérience de lecture intéressante, avec le fait d’être pris à partie, voire d’être intégré en tant que lecteur à l’histoire (vous êtes la victime, donc…).

Ce qui est intéressant, c’est que cette idée de départ a forcément eu des répercussions sur l’ensemble du style.

Les conséquences sur l’ensemble du style

Partir de cette idée de style assez radicale oblige à regarder différemment l’écriture du roman de manière générale. Conséquence directe de l’emploi du “vous” : il faut interpeller le lecteur, lui donner une place beaucoup plus centrale. Ce choix, qui implique implicitement un dialogue, donne aussi une place particulière au narrateur du livre (voire à l’auteur ?), que j’ai aussi dû travailler pour en faire un quasi-personnage.

Cela veut dire aussi que, même s’il y a bien un personnage derrière ce “vous”, il a fallu, dans les premiers chapitres, gommer les particularités de ce personnage pour que le lecteur, avec ses traits propres, puisse se glisser dans cette nouvelle peau. Cela a eu une influence sur l’histoire du livre (c’est pour ça qu’au début du livre, le personnage est désorienté, en fait vierge de toute histoire et de connaissances personnelles).

Aussi, la place du narrateur s’en est trouvée renforcée. S’il y a apostrophe, il y a nécessairement quelqu’un pour apostropher le lecteur. Donc le narrateur a dû être travaillé, là encore à la fois sur le plan du style et de l’histoire. Eh oui, le style, le thème du livre et son histoire sont forcément liés dans l’écriture ! C’est ce que j’appelle les trois niveaux de l’écriture.

Enfin, le problème que j’évoquais plus haut avec le “vous” plus lourd et plus long comme forme conjugale a dû être traité par le reste du style. En fait, j’ai essayé de compenser ces tournures un peu trop denses par le reste de la phrase, qui devait être dans ces cas très fluide et légère.

Trouver son style d’écriture propre

Le livre dont vous êtes la victime était mon premier roman. Il a donc fallu trouver mon style à moi, en jonglant entre les codes du polar et mes envies personnelles.

Un polar sans le style du polar ?

Je n’avais pas envie de faire un livre très polar sur le plan du style, c’est-à-dire avec des phrases hachées, courtes, très efficaces sur le plan de l’intrigue mais que je trouve souvent assez pauvres stylistiquement. Donc il a fallu travailler pour chercher un juste milieu qui me permette d’être plus satisfait de l’écriture tout en gardant l’effet thriller.

J’ai donc travaillé pour essayer de trouver un juste milieu. Il fallait quelque chose de fluide, qui ne nuise pas au rythme du livre et qui respecte un peu l’esprit polar. Mais je voulais aussi faire un livre plus psychologique, avec beaucoup de place à l’intime du personnage (c’est quand même “vous” ! Donc il était intéressant de suggérer au lecteur des émotions). Cela implique forcément un style un peu différent, avec de la place pour l’introspection, le ressenti, et non seulement l’action. Il a fallu faire un cocktail de tous ces impératifs pour créer mon style à moi.

Le style d’écriture, finalement personnel

D’abord, et en plus de ce que j’ai dit précédemment, j’ai voulu supprimé toutes les expressions qui reviennent très (trop) souvent sous la plume des écrivains, et qui sont toutes les petites phrases qui pour moi crient “je suis un livre !” et qu’on ne retrouverait jamais dans la vraie vie.

Hormis cela, le “reste” du style est venu de manière largement inconsciente. Outre les nécessités que j’ai déjà évoquées, je ne peux pas dire ce qui a décidé du style du livre dont vous êtes la victime. C’est évidemment quelque chose de très personnel, produit à la fois de l’époque dans laquelle on vit, donc de l’évolution de la littérature en général, de mon parcours propre et des lectures que j’ai faites. Je reprends là la thèse de Barthes.

Finalement j’arrive au double constat suivant : on peut faire beaucoup pour travailler son style, en prenant en compte les autres aspects du roman comme le récit ou le thème du roman ou certains choix stylistiques à la base de l’écriture.

Mais ce travail à des limites, dans le sens où un auteur ne peut définir rationnellement l’intégralité de son style. Une partie de son écriture lui échappera toujours et le style fait aussi partie des données de départ avec lesquelles il doit composer. Cela signifie que vous pouvez bien sûr travailler, écrire encore et encore, pour améliorer votre style, mais qu’il conservera toujours votre patte propre. Vous ne pouvez rien y faire, mais c’est aussi ce qui vous rend unique en tant qu’auteur !

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